Ma rencontre avec le major Tony Hibbert à sa résidence de Trebah Gardens à Cornwall, en Angleterre, a été une rencontre mémorable et agréable à souhait. Lors de mes visites de certains des plus grands jardins du sud-ouest de l’Angleterre, en compagnie de ma fille Heather, je m’étais organisé pour rencontrer l’homme responsable de la redécouverte de Trebah, un véritable trésor horticole.

À 94 ans, le major Hibbert est d’une vivacité d’esprit surprenante et sa mémoire est excellente. Par contre, il faut dire qu’il avait déjà raconté ces histoires des dizaines et des dizaines de fois!

Quoi qu’il en soit, le major Hibbert raconte l’extraordinaire histoire d’un jardin de 26 acres oublié par le temps. Lui-même n’avait aucune idée de son existence lorsqu’il fit l’acquisition de la propriété. En 1979, en emménageant dans la « maison sur la colline », surplombant le port de Falmouth, son rêve était de siroter du gin le matin et de faire du voilier en après-midi. Après une carrière dans l’armée, et ensuite dans le monde des affaires, c’était comme ça qu’il envisageait sa retraite. Le mot d’ordre : éviter de travailler.

Une bonne façon d’éviter de travailler

Mais la retraite du major Hibbert n’allait pas être aussi reposante qu’il le croyait. Quelques jours seulement après avoir emménagé, il reçut la visite du Chancelier David Davies, alors secrétaire de la Cornwall Horticultural Society. Une fois les présentations faites, et un verre de gin ou deux plus tard, le Chancelier fit découvrir au major quelques-un des joyaux que recelait sa nouvelle propriété.

Parmi ceux-ci, des rhododendrons de 20 mètres (60 pieds), des fougères arborescentes australiennes de 4 mètres, plusieurs dizaines d’arbres spécimens, ainsi que le « squelette » d’un jardin qui fut jadis l’un des plus beaux d’Angleterre. En contemplant plus de 40 ans de néglicence, les nouveaux propriétaires ont compris que leurs plans allaient changer.

M. Davies lança que d’après lui, trois années de travail à temps plein suffiraient à redonner au jardin la majeure partie de son ancienne splendeur. Tony et sa femme trouvèrent que trois ans, ce n’était pas si long après tout.

Dès lors, ils se consacrèrent à la renaissance de l’endroit, ne se doutant pas que leur retraite marquerait plutôt le début d’une nouvelle carrière qui ne prendrait jamais fin. Avant ce jour, ni l’un ni l’autre n’avait jardiné de sa vie.

Une nouvelle aventure et de nouvelles compétences

Les origines de Trebah sont aussi captivantes que l’histoire personnelle de Tony.

John Fox et sa famille y déménagèrent dans les années 1840. M. Fox était un homme d’affaires prospère dans le domaine de l’acier, et ayant un grand intérêt pour le jardinage et l’horticulture. Lors de ses nombreux voyages à Londres afin d’accueillir les bateaux revenant avec les matières premières dont son entreprise avait besoin, il ramenait à la maison quelques plantes importées du Pacifique Sud et de l’Orient par des collectionneurs qui sont aujourd’hui célèbres.

Les fougères arborescentes australiennes (Dicksonia youngiae), par exemple, étaient utilisées comme lest sur plusieurs bateaux. Les « billes » étaient roulées sur les quais de Londres où elles étaient vendues lors d’une vente publique. Le climat favorable du sud de la côte cornouaillaise était l’environnement idéal pour prendre racine et se développer.

Environ 150 ans plus tard, les visiteurs peuvent se tenir à l’ombre de ces fougères, avec le sentiment d’être tout petit. C’est ce que doivent ressentir les crapauds et les limaces dans nos jardins de fougères conventionnels. Plusieurs des spécimens qui poussent présentement à Trebah sont considérés comme ayant une grande valeur.

Les fougères arborescentes australiennes ne pousseraient pas dans mon jardin de zone 5. À mon retour, j’ai plutôt opté pour une douzaine d’adiantes du Canada. Elles se contentent d’un ensoleillement partiel ou d’un ombrage léger, et ont besoin d’un sol humide. Avant de les planter, j’ai ajouté une épaisse couche de terreau pour jardin PRO-MIX afin d’améliorer le sol existant. Ce produit est spécialement formulé avec un pourcentage élevé d’humus de tourbe et de compost. Il contient également un engrais à libération contrôlée qui fournit des nutriments pendant jusqu’à 9 mois.

Trebah de nos jours

Lorsqu’on lui demande quelle est la partie du jardin qu’il préfère, le major pointe la vue imprenable sur la Manche, à travers les portes doubles de sa salle à manger.

« Cette vue, c’est que je j’aime le plus », s’exclame-t-il.

Avez-vous eu des regrets depuis que vous avez emménagé ici il y a plus de 30 ans?

« Aucun. »

Vous a-t-on donné des conseils pour remettre le jardin sur pied? « Oui, beaucoup. Et la plupart n’étaient pas bons. Environ 10 % de ces conseils se sont avérés excellents, et je suis reconnaissant envers ceux qui me les ont donnés. »

Qu’est-ce qui différencie Trebah des autres jardins d’Angleterre?

            #1.  C’est un jardin pour les enfants. 

            #2.  C’est un jardin pour les enfants accompagnés de leur chien.

            #3.  C’est un véritable jardin cornouaillais. La main de l’homme est invisible.

Que voulez-vous dire? « Un vrai jardin, un jardin qui a du coeur, s’inspire de la nature elle-même. La superbe vue depuis la maison sur le dessus de la colline de 220 pieds a été rendue possible en enlevant de petits arbres. De nouveaux arbres et arbustes sont plantés chaque année pour rajeunir le jardin et profiter du cycle de vie des plantes qui poussent ici. »

 

Il pense au groupe qu’il a créé il y a 20 ans pour gérer le jardin et assurer son avenir. « Un jardin de cette trempe mérite qu’on s’en occupe adéquatement. 42 ans de négligence ont presque ruiné l’endroit. »

 

Et pour la suite?  Le major affirme qu’il doit vivre au moins encore 4 ans. « J’ai trop de travail », dit-il. En ce moment, il s’occupe de trois sites Web, dont celui de l’association Dutch Arnhem Fellowship (www.arnhem1944fellowship.org) pour les descendants de ceux qui se sont battus à la bataille d’Arnhem aux Pays-Bas pendant la 2e Guerre mondiale. Comme bien d’autres Canadiens, il était là avec la British Expeditionary Force.  « Les Canadiens se sont battus avec courage, vous savez. Ils méritent beaucoup de crédit pour la libération d’Arnhem. Vous devriez être fier d’eux. »

Le major est clairement un homme aux convictions bien ancrées. Son éthique l’a servi de plusieurs façons, mais lui a aussi attiré quelques problèmes. Il fut arrêté lors de la dernière journée de la guerre pour avoir désobéi aux ordres. Pour sa défense, il explique qu’il suivait les ordres d’Eisenhower, et non celles de ses supérieurs britanniques. 65 ans plus tard, on lui remit la « clé de Kiel ». Kiel est une ville allemande que le major Hibbert a aidé à protéger des Russes à la fin de la guerre.

Que pensez-vous de votre 3e carrière en tant que jardinier? « Si ce n’avait été de ce jardin, je serais mort d’ennui il y a longtemps. Venant d’une famille d’artistes, j’avais la capacité de voir ce que le jardin pourrait devenir. Ça a aussi été une magnifique opportunité de rencontrer de nouvelles personnes et de se faire des amis. »

Je me tourne vers ma fille qui prend des notes pour moi. « J’aime beaucoup visiter des jardins avec Heather. En tant qu’architecte paysagiste, elle voit les choses autrement. »

Le major sourit et lui demande : « Et est-ce qu’il t’écoute? »

Il fut facile d’écouter le major ces trois dernières heures, lesquelles furent agrémentées d’un savoureux ragoût de boeuf maison. Nous sommes repartis peu après, la tête remplie d’images et d’histoires, et le ventre bien plein!

À défaut de vous rendre sur place, visitez le site www.trebahgarden.co.uk.

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